Par Joël Onana
Une lettre ouverte adressée à Marguerite Fonkwen Atanga, directrice générale de la CCA Bank et épouse du ministre de l’Administration territoriale Paul Atanga Nji, circule depuis plusieurs heures sur les réseaux sociaux et suscite de vives réactions. Signé par « Une Camerounaise préoccupée », le texte interpelle directement l’épouse du ministre, présenté par de nombreux témoins comme l’un des responsables présumés des conditions de détention ayant conduit au décès de Georges Anicet Ekane.
Dans cette lettre, l’auteure dit s’adresser à Mme Fonkwen non en tant que responsable publique, mais en tant que femme, mère et croyante, « capable de percevoir la douleur d’un peuple meurtri ». Elle évoque les témoignages publiquement livrés par plusieurs figures féminines, dont Kah Walla et l’avocate Dorcas Nkongme, affirmant avoir alerté Paul Atanga Nji sur la dégradation de l’état de santé d’Anicet Ekane, sans obtenir de compassion de sa part. Selon ces récits, le ministre aurait accueilli ces démarches avec moquerie, allant jusqu’à déclarer qu’il « pouvait bien mourir » et qu’« il allait acheter un cercueil ».
Ces accusations, que le ministre n’a pas commentées publiquement à ce stade, alimentent une vague d’indignation dans un contexte où plus d’une cinquantaine de citoyens seraient morts ces derniers mois, dont plusieurs en détention. L’auteure interroge directement Mme Fonkwen :
« Lorsque vous êtes à table avec votre mari, parlez-vous de tout cela ? Lorsque vous priez ensemble, pensez-vous à ces Camerounais qui viennent supplier d’intervenir ? »
S’appuyant sur la réputation du couple Atanga Nji pour leurs œuvres religieuses, notamment la construction et l’offre d’une église à l’Église catholique, la lettre souligne la contradiction perçue entre cette expression publique de foi et les accusations de mépris ou d’indifférence face à la souffrance de compatriotes. Sans appeler Mme Fonkwen à défendre son époux, l’auteure lui demande d’assumer une responsabilité morale :
« Dire une vérité là où elle compte le plus — dans l’intimité de votre maison. »
Le texte se termine par un appel solennel aux valeurs humaines et spirituelles : rappeler à son mari
« le poids de ces vies », les larmes des familles, et le caractère « temporaire » du pouvoir face à une reddition de comptes « éternelle ».
La lettre, déjà largement partagée, s’inscrit dans un mouvement plus large de prise de parole féminine autour de la mort d’Anicet Ekane, dont les circonstances continuent de provoquer colère, indignation et demandes d’éclaircissements au sommet de l’État.
Paul Atanga Nji, ministre de l’Administration territoriale, est au centre d’une polémique nationale depuis le décès en détention de Georges Anicet Ekane le 1er décembre 2025. Plusieurs témoins, dont des femmes influentes de la société civile, affirment avoir alerté le ministre sur la situation critique du détenu sans obtenir de réaction. Ces témoignages ont relancé les accusations de brutalité, d’impunité et de pratiques coercitives au sein de l’appareil administratif. Mme Marguerite Fonkwen Atanga, pour sa part, dirige la CCA Bank et n’a pas réagi publiquement aux interpellations adressées à son mari.
