Par Ilyass Chirac Poumie
La Gambie a annoncé, dans un communiqué publié le 23 novembre, qu’Issa Tchiroma Bakary réside officiellement sur son territoire depuis le 7 novembre. L’opposant camerounais, qui s’est proclamé vainqueur de la présidentielle du 12 octobre, aurait obtenu un statut de protection politique auprès des autorités gambiennes.
Cependant, selon plusieurs sources proches du dossier, la chronologie avancée par Banjul serait approximative. Issa Tchiroma Bakary ne serait pas arrivé directement en Gambie : son exfiltration a d’abord transité par le Nigeria, où il a séjourné quelques jours dans un climat marqué par l’embarras d’Abuja et la pression insistante venue de Yaoundé.
D’après ces mêmes sources, c’est l’entourage de la première dame gambienne qui aurait joué un rôle déterminant dans l’acceptation de Tchiroma Bakary sur le sol gambien. Consciente de l’exposition politique créée par la crise post-électorale au Cameroun, Banjul aurait dû arbitrer entre ses relations diplomatiques avec Yaoundé et l’impératif humanitaire invoqué par le camp de l’opposant.
Le gouvernement camerounais, qui conteste toute irrégularité lors de l’élection du 12 octobre, n’a pas réagi officiellement à l’annonce gambienne. L’exil d’Issa Tchiroma Bakary intervient alors que la scène politique camerounaise reste profondément fracturée, et que plusieurs acteurs de l’opposition continuent de dénoncer arrestations, violences et répressions dans le pays.
Après la présidentielle très contestée du 12 octobre, Issa Tchiroma Bakary s’est autoproclamé président élu, revendiquant une victoire que le Conseil constitutionnel n’a pas reconnue. La crise post-électorale s’est intensifiée avec l’arrestation de plusieurs personnalités politiques, dont Anicet Ekane et Djeukam Tchameni. L’arrivée de Tchiroma en Gambie marque une nouvelle étape dans la dimension régionale de cette crise camerounaise.
