Par Ilyass Chirac Poumie
À Yaoundé, la confusion judiciaire s’accentue autour des interpellations liées à la crise post-électorale. Ce 7 novembre 2025, 121 personnes ont été déférées dans des conditions jugées opaques par la défense. Selon Me Hippolyte BT Meli, 52 détenus, parmi lesquels Daga Ludovie, Roland Assoah Etoga, P. Mvoum, E. Ntonga, Brice Tchiouo, Kevin Fotsing Signe et Jackson Tousse, ont été présentés devant le Parquet du Tribunal Militaire avant d’être renvoyés dans leurs centres d’internement — notamment au SCRJ et à la Légion de Gendarmerie.
Dans le même temps, un autre groupe de 69 personnes, dont 9 mineurs, a été conduit au Parquet du Tribunal de Première Instance de Yaoundé Centre Administratif. La défense s’interroge sur les critères ayant conduit à ce partage entre juridictions d’exception et de droit commun, alors que toutes ces personnes ont été arrêtées dans le même contexte.
Par ailleurs, plusieurs citoyens interpellés par la police nationale seraient toujours détenus incommunicado dans des lieux non identifiés, certains transférés vers NTUI sans information préalable aux familles. La défense qualifie ces transferts de « déportations illégales », assimilables à des disparitions forcées.
Les avocats dénoncent une instrumentalisation de la justice et évoquent des ordres illégitimes ayant conduit à des arrestations au faciès, à des gardes à vue prolongées et à des violations manifestes du droit national et international.
Ils appellent à la fin des procédures arbitraires et à la libération immédiate des détenus, tout en alertant sur le risque d’impunité et de dérive autoritaire dans le traitement des affaires post-électorales au Cameroun.
Depuis la présidentielle de 2025, Yaoundé est le théâtre d’une série d’arrestations massives visant des militants, journalistes et citoyens accusés d’atteinte à la sûreté de l’État. Les organisations de défense des droits humains dénoncent une répression systématique et un recours excessif au Tribunal Militaire, souvent utilisé pour juger des civils. La situation actuelle s’inscrit dans un climat politique tendu marqué par les contestations de la victoire proclamée de Paul Biya et la reconnaissance parallèle du camp Issa Tchiroma par une partie de l’opinion.
