Par Joseph OLINGA N.
Georges Gilbert Baongla. A priori, personnes n’en parlerait avec autant de passion dans l’espace public si un procureur n’avait entrepris d’instruire sa convocation. Motif: l’homme qui se présente comme le fils du chef de l’État camerounais, Paul Biya, a affirmé être dans la courte liste des potentiels héritiers du chef de l’État camerounais qui à 93 ans vient d’entamer sa 44e année à la tête du Cameroun. Sommes toutes, un épiphénomène si le locataire du palais présidentiel d’Etoudi n’avait pas instauré un poste de vice-président. Un fauteuil qui confère à son occupant la prérogative de poursuivre le mandat du président de la République en cas de vacance à la tête de l’État.
La désormais affaire Georges Gilbert Baongla provoque une levée de boucliers certaines au sein du sérail. Sur un plateau de télévision local à forte audience, l’homme qui se présente volontiers comme le fils biologique du chef de l’Etat a disqualifié Franck Emmanuel Biya, fils du chef de l’État qui gravite depuis quelques temps autour de l’homme lion, visiblement affecté par le poids de l’âge. Le sémillant quinquagénaire suscite une vive curiosité. D’autant plus que son nom est souvent cité comme potentiel bénéficiaire du poste de vice-président que des sources proches du palais annoncent “très imminent.,” Des raisons pour un proche de la famille présidentielle approchée par Panorama Papers d’appeler à la mesure.
“Il ne faut pas s’emballer outre mesure. Cette affaire n’en est pas une. La tension va retomber aussitôt que le président aura nommé le vice-président.”
“L’enfant de la maison”
Derrière la véhémence de l’homme qui se présente comme le fils biologique du président de la République et l’agitation perceptible au palais d’Etoudi, se cachent des réalités moins avouées. Le récit délivré par des sources au fait de l’histoire de Georges Gilbert a
Baongla illustre la proximité que l’homme partage avec la famille présidentielle. Aperçu depuis des décennies dans des cérémonies familiales dans le village du président, à Mvomeka’a, Georges Gilbert Baongla entretient plutôt des proximité particulière avec la fratrie présidentielle. Quelques photographies à l’appui, Gérard, nom d’emprunt que nous attribuons à cette source pour des raisons évidentes, évoque la relation qui liait Georges Gilbert Baongla à Mvondo Assam, défunt frère du chef de l’État qu’il ne manquait pas de rencontrer régulièrement dans le village de la famille présidentielle à Mvomeka’a. Une proximité qu’il partage d’ailleurs avec beaucoup d’autres membres de la famille du président. “Baongla est un enfant de la maison Biya. Le réfuté revient à faire mentir les faits qui eux sont tangibles.” Révèle le nonengenaire que nous rencontrons ce 27 avril à Yaoundé.
Gérard raconte aussi avec des détails saisissants l’implication du cabinet civil de la présidence de la République dans la prise en charge médicale de veuve Baongla, génitrice de Georges Gilbert. Selon les confidences du vieil homme, confirmées par un ami de longue date de Georges Gilbert Baongla
“Madame Baongla a bénéficié d’une évacuation sanitaire organisée et financée par le cabinet civil de la présidence de la République. Et, c’est la présidence de la République qui a supporté les dépenses liées au rapatriement de sa dépouille lorsqu’elle décéde à l’hôpital de la Latimone, à Marseille, à l’entame des années 2000.”
Selon cette source,
“la dépouille de veuve Baongla est resté près d’un an à la morgue parce que l’argent que le cabinet civil avait demandé de débloquer pour ses obsèques tardait à venir. Le ministre des finances de l’époque traînait les pieds pour le faire.”
A ce propos, raconte un ancien collaborateur de Georges Gilbert Baongla
“Baongla avait exigé la privatisation d’un article au vitriol à l’encontre du ministre des finances de l’époque, le feu Meva’a Meboutou.”
Un ministre que l’article alors signé par Aimé Édouard Alama, dans le journal Le Démenti était intitulé:
“La main criminelle de Meva’a, la main cynique d’un homme sans enfants s’abat sur dame veuve Baongla.”
La situation avait été régularisé quelques temps après, avec le concours du cabinet civil de la présidence de la République alors dirigé par feu Martin Belinga Eboutou. Et, l’ancienne dame de compagnie de la défunte première dame, Jeanne Irène Biya a par la suite été inhumée à la nouvelle route Oyom-Abang à Yaoundé.
Appuis du cabinet civil
Les curiosités dans le débat entre certains membres du sérail et Georges Gilbert Baongla c’est aussi la justification des nombreux marchés attribués à l’homme dans certaines entreprises parapubliques. Proches du fils présumé du président, Suzanne évoque ces marchés attribués à répétition à Georges Gilbert Baongla. Des marchés souvent recommandés par le cabinet civil de la présidence “pour soutenir Georges” confié cette source familiale. La même source évoque une série de marchés publiques attribués au fils présumé du président sur ordre du cabinet civil de la présidence de la République.
Silence présidentiel
Plus détonnant est la posture du chef de l’État camerounais. Pourtant au centre des revendications faites par Georges Gilbert Baongla, Paul Biya adopte un mutisme intriguant dans cette affaire qui a désormais franchi les frontières du Cameroun. “Une affaire à la Mazzarine” s’amuse cette source proche des services de renseignements. Mais l’évocation faite à l’histoire de la fille longtemps cachée de l’ancien chef d’État français, François Mitterrand, dissimule une réalité plus prégnante. Notre source sécuritaire analyse que
“l’agitation observée autour des allégations de Gilbert Baongla est l’illustration des batailles qui se font pour l’appropriation du poste de vice-président par les camps qui se battent autour du chef de l’État.”
La même source fait remarquer que
“Ces batailles déjà existantes ont pris un autre relief avec l’instauration du poste de vice-président. Ceux qui gravitent autour du président considèrent que celui qui sera nommé à ce poste est de fait le dauphin choisi par le président qui, lui, semble vouloir mettre sur pied une architecture institutionnelle qui lui permet de quitter les feux des projecteurs pour s’effacer progressivement, tout en gardant un oeil sur le fonctionnement du pays.”
Lui aussi proche des services de sécurité, Albert pense que
“Les postures qui sont observées dans cette affaire laisse dire que les agissements de certains proches du président ont pour objectif de mettre Franck Biya en pôle position pour le poste de vice-président. Seulement la mise en musique de cette stratégie semble plutôt contre-productive.” Conclut notre source. Non sans souligner que “Cette situation joue plutôt en faveur de Baongla et ceux de son camp.”
A en croire la même source,
“les menaces proférées contre Gilbert Baongla semblent avoir pour objectif de le museler et l’éloigner de la scène et de facto ses partenaires, le camp adverse prend le risque de donner à l’homme l’opportunité de livrer des informations plus incommodantes.”
