Par Armand Soussia
Patrice Nganang revient, dans une analyse publiée ce week-end sur Facebook, sur ce qu’il qualifie de « stratégie tant attendue de notre libération » : l’exil politique assumé de Issa Tchiroma Bakary. L’auteur affirme ne jamais avoir compris ce qu’il décrit comme un réflexe camerounais consistant à abandonner toutes les positions acquises à l’étranger pour « rentrer au pays », au prix d’un renoncement politique et matériel. Il rappelle que ce désir permanent de retour a longtemps limité l’engagement de nombreuses figures, y compris de personnalités évoluant dans la diaspora.
Comparant cette situation au cas de Maurice Kamto, Patrice Nganang juge que son retour au Cameroun en 2020 fut une erreur stratégique majeure, qui aurait selon lui neutralisé sept années de mobilisation. Il décrit deux conséquences de ce choix.
D’abord, la rupture de tout contact entre Kamto et les acteurs anglophones de la lutte, malgré leur rôle historique dans l’opposition depuis 1992, choix motivé selon lui par la volonté de préserver une acceptabilité politique auprès du pouvoir de Yaoundé en vue de la présidentielle de 2025. Ensuite, la mise à l’écart de tout travail diplomatique auprès des États africains, action qui, selon Nganang, ne peut être menée efficacement que par un leader en exil, susceptible de créer une crise diplomatique obligeant les pays hôtes à se positionner ouvertement.
À l’inverse, il estime que la démarche de Issa Tchiroma Bakary, aujourd’hui en Gambie après un périple au Nigeria, s’inscrit dans une stratégie cohérente de mobilisation à l’étranger, particulièrement dans l’espace anglophone africain. Patrice Nganang rappelle que la Gambie connaît historiquement les dynamiques de transitions politiques appuyées de l’extérieur et qu’elle représente, de ce fait, un terrain favorable à ce type de repositionnement. Pour lui, l’exil constitue une plateforme politique à organiser, et non un refuge improvisé, citant les exemples sud-africain, rwandais et gambien comme modèles structurants.
L’auteur conclut que l’exil de Tchiroma pourrait devenir une articulation clé entre les aspirations du peuple camerounais en lutte et la sensibilité anglophone africaine, dans un contexte où, selon lui, le soutien international est indispensable face à un régime toujours soutenu par Paris.
Patrice Nganang, écrivain engagé, intervient régulièrement dans le débat public sur la crise politique camerounaise. L’exil récent de Issa Tchiroma Bakary, président élu selon ses partisans, a suscité de nombreuses analyses au sein de la diaspora. Le déploiement de leaders politiques hors du territoire est une constante historique dans plusieurs luttes africaines.
