Par Sandra Embollo
Dix ressortissants camerounais ont été condamnés ce mercredi par le tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour avoir participé à une vaste escroquerie à l’art africain. L’arnaque, dont le préjudice est estimé à 700 000 euros, consistait à soutirer de l’argent à des collectionneurs amateurs en leur faisant miroiter l’acquisition d’objets rares venus du Cameroun. Problème : les pièces en question n’arrivaient jamais ou n’avaient, au final, aucune véritable valeur marchande.
Jugés fin juillet, les 10 prévenus – contre qui la circonstance aggravante de bande organisée n’a finalement pas été retenue – ont écopé de peines allant de jours-amende jusqu’à 30 mois de prison avec sursis et 60 000 euros d’amende pour l’un des prévenus, condamné pour « travail dissimulé » et « blanchiment aggravé » pour avoir encaissé 257 000 d’euros d’une victime escroquée.
Les faux certificats et l’investisseur américain
Dans le cadre de leurs investigations, commencées en 2022, les enquêteurs de l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels (Ocbc) avaient découvert un mode opératoire bien huilé. Mises en confiance par des « rabatteurs » rencontrés sur des brocantes ou devant des galeries d’art spécialisées comme celles de la rue de Seine, dans le Ier arrondissement de Paris, les victimes se voyaient proposer d’acquérir de prétendues collections d’objets anciens qu’il fallait acheminer depuis des villages camerounais.
« Ils font miroiter une véritable plus-value. Et les victimes y voient l’opportunité de faire des placements d’argent en acquérant des biens culturels », détaillait auprès du Parisien le colonel de gendarmerie Hubert Percie du Sert, patron de l’Ocbc. Pour convaincre leurs cibles, les escrocs produisaient de faux certificats des administrations camerounaises ou de l’Unesco ou faisaient monter les enchères en inventant un riche collectionneur américain soi-disant prêt à mettre une grosse somme sur la table pour ladite collection.
Un « véritable engrenage »
Et c’est à ce moment que les acheteurs tombent dans un « véritable engrenage », selon Hubert Percie du Sert. « On leur demande une première somme pour faire sortir la collection du territoire, une autre pour le transport, le stockage etc. À chaque opération, il y a une demande d’acompte qui se fait sur un compte tiers avec de l’argent qui transite jusqu’en Afrique » Et à la fin, rien ou presque. Car si les victimes recevaient parfois des objets, des experts ont estimé qu’il s’agissait de « copies récentes qui ne sont absolument pas authentiques et dont la valeur marchande est minime ».
« Au final, c’est une espèce de parcours où l’on nous amène à dépenser de plus en plus d’argent », relatait une des victimes à l’audience de juillet. Ses deux escrocs ont été également condamnés à rembourser 37 000 euros à ce dernier. Toutefois, l’escroquerie n’a pas été retenue contre tous les prévenus, à l’image du client de Me Ivan Itzkovitch. Et l’avocat de rappeler qu’un bon vendeur n’est pas forcément un arnaqueur. « Mon client n’a escroqué personne, ce sont ceux qui ont acheté les œuvres qui ont fait des mauvaises affaires. »
