Par Ilyass Chirac Poumie
Les investigations autour de Wahib Nacer, 81 ans, révèlent un univers où se mêlent banquiers, fortunes du Golfe et résidences cossues en France comme au Maroc. Ancien cadre d’Indosuez puis du Crédit Agricole Suisse, Nacer entretenait des liens « quasi familiaux » avec Khalid Ali Bugshan et Ahmed Salem Bugshan, héritiers d’un empire saoudien pesant plusieurs milliards de dollars.
Au fil des perquisitions et des scellés, les juges ont mis au jour un réseau de sociétés civiles immobilières (SCI) logeant des appartements parisiens, une propriété à la Baule, une résidence normande, ainsi qu’une villa à Marrakech. Problème : nombre de ces biens étaient financés, détenus ou mis à disposition par les Bugshan, tout en étant utilisés par la famille Nacer comme s’ils en étaient les véritables propriétaires.
Les témoignages recueillis sont accablants. Notaires, intendants, proches de la famille et même employés non déclarés décrivent un système où des biens officiels au nom des Bugshan servaient en réalité de confort quotidien aux Nacer. Les documents saisis évoquent jusqu’aux clés de véhicules de luxe — Porsche, Mercedes, Jaguar — immatriculés au nom de Khalid Ali Bugshan mais conduits par Nacer et son épouse.
La situation fiscale du couple, elle, interpelle : SCI financées sans crédits, acquisitions réglées par des virements estampillés « Ahmed Bugshan », ISF minoré… autant de signaux rouges pointés par le fisc français.
Au centre, Wahib Nacer justifie son rôle : simple « conseiller stratégique », pas banquier, mais des testaments retrouvés démontrent qu’il envisageait de transmettre à ses enfants des biens… officiellement détenus par ses puissants alliés saoudiens.
Le groupe Bugshan : empire saoudien, actif dans l’automobile, l’aéronautique (Airbus, EADS), l’énergie, les parfums ou encore les boissons (Pepsi). Famille proche des Al Saoud, décrite comme incontournable dans les grands contrats.
Les liens Nacer–Bugshan : relations de confiance depuis les années 1970, présentées comme « fraternelles ». Mais des soupçons de gestion frauduleuse émergent dès les années 2000, menant à des plaintes déposées par Ahmed Salem Bugshan.
Les biens en cause :
Appartements avenue Henri-Martin et à La Baule via la SCI Benoît Georges V.
Villa en Normandie (Saint-Pair-du-Mont), propriété d’un prête-nom mais occupée par la famille Nacer.
Villa à Marrakech, via une société panaméenne.
Véhicules de luxe immatriculés au nom de Bugshan.
La fiscalité :
Acquisitions au nom de l’épouse sans revenus, financées par des fonds Bugshan ; patrimoine considérable mais sous-déclaré.
