Par Ilyass Chirac Poumie
Yaoundé, 1er octobre 2025 – Le Mandela Center International (MCI), Organisation Non Gouvernementale (ONG) à statut consultatif spécial auprès de l’Organisation des Nations Unies (ONU) et lauréate du Prix international des droits de l’Homme 2024, a lancé une alerte grave sur des actes de torture commis au Lamidat de Doumrou, dans l’arrondissement de Kaélé (Extrême-Nord).
Selon les faits documentés par l’organisation, le 18 septembre dernier, le jeune Mamadou, 17 ans, aurait effleuré le pare-brise du véhicule du Lamido Aladji Abbassi Toukour. En guise de représailles, ce dernier aurait ordonné à sa garde de l’arrêter, de le ligoter, de l’exposer sous une chaleur étouffante, de lui verser de la glace sur le corps, et de le frapper à l’aide de gourdins, machettes et autres objets. Son père, convoqué de force, aurait vu sa moto confisquée et placée dans l’enceinte de la chefferie.
Hospitalisé à Kaélé, le jeune Mamadou souffrirait de lourds traumatismes, risquant de perdre l’usage de ses bras, et son pronostic vital reste fragile. Le Mci rappelle que ce n’est pas la première fois que le Lamido de Doumrou est impliqué dans des abus graves, citant notamment un cas de viol de mineure en 2014 resté impuni.
L’organisation dénonce le silence des autorités locales et nationales face à ce qu’elle qualifie de « crime internationalement réprimé ». Elle rappelle que la torture est prohibée par tous les textes ratifiés par le Cameroun – de la Déclaration universelle des droits de l’Homme à la Convention contre la torture – et qu’il s’agit d’un crime imprescriptible.
Exigeant la destitution immédiate du Lamido et l’ouverture d’une enquête conforme au Protocole d’Istanbul, le Mci avertit Yaoundé qu’à défaut d’agir, l’affaire sera portée devant les instances internationales. L’Ong annonce également son soutien juridique et médical gratuit à la victime dans le cadre de son programme d’assistance aux survivants de torture.
La dénonciation de Doumrou intervient quelques mois après le passage du Cameroun devant le Comité des Nations Unies contre la torture à Genève, où le pays avait été épinglé pour impunité généralisée et violences systémiques. De nombreux cas emblématiques – Martinez Zogo, Longuè Longué, Paul Chouta, Samuel Wazizi – avaient été cités sans suite judiciaire. Malgré la ratification de la Convention contre la torture depuis 1986 et l’intégration dans son droit interne, le Cameroun reste accusé de tolérer, voire d’encourager, la banalisation de ces pratiques. Le cas Mamadou illustre tragiquement cette continuité d’abus et d’inaction.
