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Suisse > Justice: Gianni Infantino, le président de la Fifa, sera entendu comme prévenu

Le patron de la FIFA doit répondre de dénonciation calomnieuse envers un avocat fribourgeois sur fond de marché des transferts vicié. Le Tribunal cantonal a tranché: il devra être entendu par le procureur en charge du dossier.

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Par Arlette Akoumou Nga

Grand architecte du nouveau format à 32 équipes de la Coupe du monde des clubs, dont la finale se tiendra dimanche 13 juillet à New York, Gianni Infantino n’a guère dû prêter attention, des Etats-Unis où il se trouve, à une décision judiciaire le concernant en Suisse. Comme l’a appris Le Monde, le tribunal cantonal de Fribourg a rendu, le 16 juin, un arrêt en sa défaveur puisqu’il enjoint au ministère public local de l’auditionner comme prévenu, à l’instar de deux cadres de la Fédération internationale de football (Fifa), pour « dénonciation calomnieuse ».

Tout est parti d’un article du Monde de novembre 2020, qui rapportait l’existence d’une « dénonciation » déposée contre M. Infantino auprès du Comité international olympique (CIO), dont le président de la Fifa est membre. Société helvétique spécialisée dans le management dans le milieu sportif, Sport 7 demandait à la commission exécutive du CIO d’ouvrir immédiatement une enquête à l’encontre de M. Infantino en vue de son exclusion et qu’elle le suspende provisoirement, dans l’intervalle, « comme les articles 3.8 et 59 de la charte olympique en prévoient la possibilité ».

Rembobinons le fil de cette histoire jalonnée par une succession de plaintes et de contre-plaintes. En octobre 2020, Philippe Renz, associé-gérant de Sport 7, société fribourgeoise active dans le management sportif, s’était adressé au Comité international olympique (CIO) pour lui demander d’ouvrir une enquête contre son membre Gianni Infantino. A entendre l’avocat, le patron de la Fifa soutiendrait «le crime organisé qui sévit dans le milieu des transferts de joueurs en muselant à ces fins certains organes de la FIFA (comme sa Commission d’éthique) de manière directe ou indirecte».

Triples commissions

Dans la ligne de mire de Philippe Renz: les pratiques de certains agents de joueurs qui s’en mettent plein les poches en se faisant mandater à la fois par le sportif dont ils s’occupent et par son club d’arrivée – voire également par son club de départ –, multipliant ainsi les commissions juteuses qui leur sont versées lors de la conclusion d’un accord (lire ci-dessous). S’appuyant sur des chiffres du Centre international d’étude du sport, l’avocat fribourgeois estimait en 2020 à environ 1 milliard de dollars par an les commissions indûment touchées par les agents de joueurs en 2018 et 2019. Selon lui, ces chiffres auraient encore augmenté ces dernières années et ces pratiques gangrèneraient à ce point le monde du football professionnel qu’une société comme Sport 7 serait dans l’impossibilité d’exercer son activité de manière honnête.

Le procureur ne pouvait se contenter d’un échange d’écritures

La plainte pour diffamation et calomnie déposée par la FIFA dans la foulée de ces allégations avait été classée par le procureur Laurent Moschini dans le cadre d’une procédure écrite. Le magistrat n’avait pas davantage donné suite aux plaintes pour dénonciation calomnieuse déposées par Philippe Renz contre Gianni Infantino et les deux cadres de la FIFA ayant signé la dénonciation visant l’avocat fribourgeois. C’est ici qu’est intervenu récemment le dernier rebondissement en date de cette affaire.

Classements contestés

Philippe Renz, qui avait contesté l’ensemble de ces classements devant la Haute Cour cantonale, a en effet obtenu gain de cause en ce qui concerne ses trois plaintes. Comme l’écrivent les juges dans leur arrêt daté du 16 juin 2025, le procureur – qui a innocenté l’avocat fribourgeois en estimant qu’il s’était exprimé de bonne foi – ne pouvait se contenter d’un échange d’écritures pour déterminer ce que Gianni Infantino et ses deux collaborateurs avaient en tête au moment du dépôt de la plainte de la FIFA à son encontre.

L’enjeu est le suivant: si les trois prévenus avaient des raisons de penser que les allégations de Philippe Renz concernant les pratiques frauduleuses des agents de joueurs et leur tolérance par les instances de la FIFA étaient fondées, la plainte déposée contre l’avocat relèverait bel et bien de la dénonciation calomnieuse. Et seule leur audition orale et personnelle permettra au procureur de savoir ce que chacun d’entre eux a «su, envisagé, voulu ou accepté», écrivent les juges. Des procédures en cours en Europe

Début 2023, la FIFA a promulgué un nouveau règlement sur les agents de joueurs. Ce texte limite quelque peu les latitudes accordées à ces derniers en matière de représentation des différentes parties impliquées dans la conclusion d’un transfert, tout en fixant des plafonds aux rémunérations qui peuvent leur être versées. Il ne devrait ainsi plus être possible de procéder comme feu l’agent italo-néerlandais Mino Raiola (décédé il y a trois ans), qui avait empoché 49 millions de francs lors du transfert, en 2016, de l’international français Paul Pogba de la Juventus de Turin à Manchester United pour un peu plus de 100 millions de francs. Il représentait à la fois le joueur et les deux clubs…

Ces restrictions sont peu goûtées dans le milieu des agents: certains d’entre eux les ont attaquées en justice, provoquant leur suspension au niveau mondial jusqu’à ce que leur compatibilité avec le droit européen de la concurrence ait été tranchée sur le fond. La Cour de justice de l’Union européenne devra répondre ces prochains mois à des questions préjudicielles de principe qui lui ont été adressées par la justice allemande, laquelle devra ensuite juger si les effets anticoncurrentiels de la nouvelle réglementation se justifient «par des objectifs légitimes et proportionnés», notamment d’intérêt public.

«Cet intérêt public, je le défends bec et ongles», tonne Philippe Renz. «Dans le cadre de leur litige, les agents et les instances du football taisent sciemment aux tribunaux européens saisis deux sujets essentiels qui doivent permettre de le préserver», affirme-t-il. Le premier, selon l’avocat fribourgeois, c’est le fait que certains liens illicites entre agents et clubs – que le règlement FIFA continue à tolérer – constituent la porte d’entrée utilisée par le crime organisé pour investir et blanchir chaque année des sommes astronomiques dans le système des transferts de joueurs. «Cette source de criminalité organisée doit être tuée à sa racine, dans les règlements de la FIFA, car il est quasi impossible pour les autorités pénales de détecter et de poursuivre les crimes en aval, une fois qu’ils ont été commis.»

Le second sujet tabou, «c’est le fait que les joueurs ne pourront jamais consentir à des rapports de double représentation de leurs agents, par lesquels ces derniers se font systématiquement de l’argent sur leur dos». D’après Philippe Renz, les agents ne devraient pouvoir représenter que leurs joueurs, et jamais les clubs, comme cela se fait d’ailleurs dans tous les autres sports.

Questionné à ce propos, l’avocat du président de la FIFA n’a pas donné suite.

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