Par Ilyass Chirac Poumie
L’avocat Me Emmanuel Simh a révélé ce soir avoir reçu une lettre du commissaire du gouvernement l’informant qu’une autopsie serait pratiquée dès demain à 8 heures sur le corps d’Anicet Ekane, même si la famille n’a pas encore désigné un médecin légiste. Il affirme que les autorités ont indiqué qu’elles procéderaient à l’autopsie en présence des avocats et de la famille, mais que cette décision va à l’encontre de l’opposition ferme exprimée par l’épouse et les proches du défunt.
Selon Me Simh, l’empressement soudain des autorités à ouvrir le corps apparaît suspect. Il rappelle que depuis un mois et une semaine, aucune preuve matérielle n’a été trouvée pour justifier les allégations portées contre Anicet Ekane. Il s’interroge sur la précipitation à vouloir pratiquer cette autopsie alors même que la procédure judiciaire demeure opaque. Me Simh affirme que si le ministère public décide de passer outre la volonté de la famille, celle-ci communiquera publiquement afin d’informer le Cameroun et le monde entier.
Il déclare que la famille refuse catégoriquement toute autopsie en l’absence d’un médecin légiste mandaté par elle. Pour l’avocat, la transparence doit être totale pour éviter toute contestation ultérieure sur la nature des blessures ou sur une éventuelle toxicologie.
Me Simh se dit également étonné de la manière dont l’enquête est menée. Il affirme que l’objectif même de cette enquête n’a jamais été clairement défini, alors que les jours d’Anicet Ekane se sont déroulés dans ce qu’il décrit comme une infirmerie déguisée en centre de santé. Selon lui, les conditions de détention et de prise en charge étaient indignes et incompatibles avec l’état de santé du détenu.
L’avocat raconte avoir lui-même effectué le déplacement à Yaoundé pour rencontrer son client. Il dit n’avoir pas pu rester cinq minutes dans la chambre exiguë où se trouvait Ekane, qu’il décrit comme un espace de quelques mètres carrés, avec toilettes ouvertes, sans oxygène fonctionnel, entouré de deux individus dont la présence permanente perturbait le malade. Il assure que l’ancien président du Manidem ne pouvait ni parler à son épouse ni à ses avocats.
Me Simh dénonce également la séquestration de l’extracteur d’oxygène personnel de Ekane, abandonné dans son véhicule au groupement de gendarmerie de Douala. Il explique avoir dû supplier les responsables pour récupérer l’appareil. Il affirme que cet appareil vital est resté enfermé plusieurs jours dans une voiture hermétiquement fermée, alors que son client en était totalement dépendant. Pour lui, cet acte constitue une preuve supplémentaire du caractère organisé et programmé de ce qu’il qualifie d’assassinat.
L’avocat rapporte avoir attendu deux jours, multiplié les démarches et sollicité des appuis pour obtenir finalement l’assurance que l’appareil se trouvait à Yaoundé. Il décrit une gestion chaotique et volontairement opaque, estimant qu’il s’agissait d’une manœuvre visant à empêcher Ekane de recevoir l’oxygène nécessaire.
Il affirme ensuite qu’une partie des responsables avaient déjà oublié l’état de santé du détenu, alors même que le commissaire du gouvernement avait ordonné un retour en cellule après une première analyse médicale signalant une dépendance totale à l’oxygène. Selon l’avocat, une telle décision ne pouvait conduire qu’à une issue tragique.
Me Simh interroge les autorités : pourquoi Anicet Ekane a-t-il été interné dès le 24 octobre, et sur quelles bases exactes ? Il estime que le peuple camerounais a droit à la vérité non seulement sur les conditions de détention mais également sur les raisons de son incarcération initiale. Il appelle le commissaire du gouvernement à dire la vérité à la famille et au pays.
Il affirme que la mort d’Ekane ne peut plus être réparée, mais que la justice et la transparence exigent désormais que les responsabilités soient établies. Il accuse explicitement les autorités d’avoir organisé la mort de son client, rappelant qu’assassiner ne signifie pas seulement utiliser une arme, mais aussi organiser sciemment la mort d’un individu.
Il appelle enfin le Conseil national de la communication à convoquer ceux qui, selon lui, ont permis ou couvert ce qu’il qualifie de forfaiture. Il affirme que, lors de la période électorale, la peur, l’angoisse et la mort deviennent des instruments politiques, et que le cas Ekane en serait une illustration dramatique.
Anicet Ekane, président du Manidem, est décédé en détention le 1er décembre 2025, après un mois d’incarcération. Depuis son décès, avocats, partis politiques, diplomates et organisations de défense des droits humains expriment leur indignation. Plusieurs acteurs dénoncent des conditions de détention inadaptées et un manque de transparence sur les circonstances exactes du drame. Les autorités affirment avoir ouvert une enquête et souhaitent pratiquer une autopsie, ce à quoi la famille s’oppose tant qu’un médecin légiste choisi par elle n’est pas présent.
