Par Eric Boniface Tchouakeu
Il y a lieu de relever qu’il y a au moins deux groupes ou ce qu’on peut présenter comme tel, qui rivalisent d’adresse dans cette voie relativement à l’élection présidentielle à venir.D’un côté, l’ancien Premier Ministre Bello Bouba Maigari, 78 ans, qui fait office théoriquement de principal adversaire de l’actuel Chef de l’Etat Paul Biya, 92 ans, dont 43 au pouvoir sans discontinuer, après l’invalidation de la candidature du principal opposant au régime Maurice Kamto, reçoit assez régulièrement à son domicile à Yaoundé.
Le 13 août 2025, il a notamment reçu Anicet Ekane, leader du Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie (Manidem), qui avait investi Maurice Kamto, ou encore le Secrétaire Général du Parti Camerounais pour la Réconciliation Nationale (Pcrn), du député Cabral Libii, candidat à la présidentielle.
Bello Bouba Maigari a aussi reçu une nouvelle fois, l’ancien Ministre Issa Tchiroma Bakary, leader du Front pour le Salut National du Cameroun (Fsnc), candidat à la présidentielle, après une première rencontre entre les deux hommes peu après leurs récentes démissions du Gouvernement, suivi de l’annonce de leurs candidatures à la présidentielle.
De l’autre côté, il y a le groupe dit de la « plateforme » ou de Foumban, qui comprend au moins quatre partis politiques qui présentent des candidats à la présidentielle, voire plus si on tient compte du communiqué publié le 14 août 2025 par Tomaino Patricia Ndam Njoya, Maire de Foumban et candidate au futur scrutin présidentiel. Dans ce communiqué, celle qui est aussi le leader de l’Union Démocratique du Cameroun (Udc), affirme notamment que certains membres de ce groupe, un temps retissant du fait de leur propre agenda, ont accepté de travailler ensemble sur un programme commun en vue de réaliser les réformes institutionnelles et consensuelles nécessaires pour le développement inclusif du Cameroun, au lendemain de la victoire du 12 octobre, et pour la gestion des représentants dans les bureaux de vote.
Toutefois, selon plusieurs observateurs de la scène politique nationale, le groupe dit de Foumban, rassemble davantage des généraux sans véritables troupes politiquement parlant, à l’exception de la candidate de l’Udc qui dispose d’une certaine base électorale, pouvant être utile dans un scrutin à seul tour.Et c’est justement à ce niveau que les acteurs de l’opposition qui proclament souvent leur volonté de se mettre ensemble pour désigner un seul candidat pour faire face à celui du régime sortant à l’occasion des élections présidentielles pêchent consciemment ou inconsciemment dans le choix de leur méthode.
La politique est un peu comme le monde des affaires. Une personne qui possède plus d’actions dans une entreprise, a plus de pouvoir de décision que d’autres qui en ont moins. Et sur cette base en politique, un leader ou un parti politique qui dispose d’une certaine assise électorale, ne saurait discuter d’égal à égal avec un autre qui n’est pas au même niveau. Dans la constitution des coalitions gouvernementales dans des grandes démocraties par exemple, le choix du principal dirigeant appartient à la formation politique qui dispose du plus grand nombre d’élus, sans qu’il soit besoin d’établir « des critères » devant aboutir à sa désignation.
D’autres membres de la coalition, se contentent souvent de négocier au niveau du partage du reste des postes de responsabilités, ou discutent pour faire inscrire des idées qui leur tiennent à cœur dans le programme commun de gouvernement. C’est encore à l’heure actuelle tout le contraire au Cameroun, où un leader ou un parti politique qui ne dispose que d’un conseiller municipal, pense pouvoir conduire une coalition dans laquelle se trouvent des leaders et autres formations politiques qui possèdent de nombreux sièges de députés et contrôlent plusieurs communes, alors que tous ont participé aux dernières consultations électorales.
D’un point de vue du pragmatisme politique, ceux qui en toute sincérité, militent pour une candidature « consensuelle » au sein de l’opposition ne devrait donc avoir aucun problème à se choisir un leader, qui doit être naturellement connu, y compris par l’opinion avant même le début des tractations, sur la base du poids politique de chaque membre de l’alliance. Toute posture contraire de nos jours apparaît au regard des erreurs du passé, comme de l’esbroufe ou des jongleries politiciennes voire un attrape-nigaud pour des candidats qui croient fermement en leur possibilité de victoire.
Il revient des lors au candidat de l’opposition le mieux placé pour ne pas perdre inutilement son temps, de fédérer au tour de sa personne, et non de faire partie d’un quelconque regroupement qui serait encore, à la quête de son porte-flambeau. Il ne faut en effet pas perdre de vue, que même dans un scrutin à un seul tour, aucun leader, même s’il peut influencer le choix, n’est propriétaire en dernier ressort de la voix d’un électeur.Et qu’in finé c’est souvent la question du choix du porte-étendard, qui a fait capoter plusieurs tentatives de coalitions au sein des acteurs de l’opposition à l’occasion des présidentielles.
