Par Zobel A. Mbon
La tension monte au sein du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN). En annonçant, ce dimanche 2 novembre 2025, son boycott de la rentrée parlementaire du 3 novembre, Nourane Foster ne s’attendait sans doute pas à déclencher une telle tempête dans son propre camp. Son message de soutien au mot d’ordre de ville morte lancé par Issa Tchiroma Bakary a immédiatement suscité une avalanche de réactions virulentes, en particulier de la part des soutiens du président du parti, Cabral Libii.
Sur les réseaux sociaux, des responsables locaux et militants influents du Pcrn se sont livrés à une véritable campagne de discrédit contre la députée. Des montages, des propos injurieux et des accusations de trahison circulent massivement, certains l’accusant d’être
« manipulée par l’opposition » ou d’avoir « vendu son âme au désordre politique ». D’autres vont plus loin en réclamant son exclusion du parti, estimant qu’elle a « tourné le dos à la ligne de reconnaissance du président élu Paul Biya ».
Selon des sources internes, certains collaborateurs de Nourane Foster au sein du groupe parlementaire du Pcrn auraient également reçu des consignes tacites de « prendre leurs distances » avec elle, pour éviter d’être associés à ce qu’ils qualifient d’« acte de défiance » vis-à-vis de la direction nationale. Des réunions internes du parti auraient même été reprogrammées sans l’en informer, signe d’un début d’isolement politique.
Ce sabotage symbolique et médiatique intervient dans un contexte déjà tendu. Le délégué régional de l’Ouest du Pcrn, par ailleurs époux de Nourane Foster, a démissionné il y a un peu plus d’une semaine, dénonçant des dérives autoritaires au sein du parti. Cette double rupture – familiale et politique – vient accentuer la fracture entre la députée et la direction du Pcrn.
Malgré la pression, Nourane Foster maintient sa position. Dans son message, elle affirme vouloir
« écouter les cris du peuple » et refuser de « rester indifférente à la souffrance des jeunes privés de liberté et à la paralysie de l’économie nationale ». Pour elle, son boycott n’est pas un acte de rébellion, mais un « geste citoyen pour la justice et la dignité ».
Le Pcrn traverse depuis plusieurs mois une crise interne liée à la gestion des alliances politiques et à la position du parti face aux élections présidentielles du 12 octobre 2025. Alors que Cabral Libii a rapidement reconnu la victoire de Paul Biya, plusieurs cadres et militants de base contestent cette orientation, jugeant qu’elle trahit l’esprit de changement que le parti incarnait. Nourane Foster, figure populaire et influente, apparaît désormais comme la voix dissidente d’un courant réformiste au sein du Pcrn, à la recherche d’une troisième voie entre fidélité partisane et solidarité nationale.
