Par Joël Onana
Une nouvelle forme de résistance civile s’étend au Cameroun : de plus en plus de citoyens affichent dans leurs maisons, bureaux et commerces un portrait officiel d’Issa Tchiroma Bakary en tant que président de la République. Cette initiative conteste directement la victoire proclamée de Paul Biya à l’issue du scrutin très disputé du 12 octobre.
Le mouvement est porté par Maybelle Boma, influente blogueuse, ambassadrice culturelle et militante, connue sous le nom de Ada 1 of Cameroon. Sur les réseaux sociaux, elle diffuse un portrait présidentiel soigné de Tchiroma et appelle les habitants, associations et entreprises à l’adopter comme symbole de loyauté envers le choix populaire exprimé dans les urnes.
Selon les soutiens de cette campagne, les procès-verbaux issus des bureaux de vote donnaient Tchiroma vainqueur avant que les institutions étatiques n’annoncent un résultat inverse. Pour eux, afficher son portrait revient à reconnaître la vérité électorale.
« Ce n’est pas juste une photo. C’est le visage du président que les Camerounais ont élu », écrit un internaute.

La mobilisation intervient alors que le pays fait face à une répression accrue ciblant les partisans supposés de Tchiroma, avec des arrestations, des enlèvements, des intimidations de leaders locaux et des mandats visant le président élu lui-même.
Pour plusieurs analystes, ce mouvement de portraits constitue un tournant. Il signale une volonté populaire d’assumer publiquement son choix politique malgré les risques.
« Les Camerounais ne demandent plus la permission pour reconnaître leur leader. Ils affirment leur démocratie », estime un observateur.

À mesure que l’image de Tchiroma se propage sur les murs, une réalité apparaît : le Cameroun vit désormais avec deux présidences, l’une imposée par l’appareil étatique, l’autre assumée par une partie de la population. Le combat pour la légitimité ne se joue plus seulement dans la rue, mais aussi à travers les symboles qui s’installent dans le quotidien.
Depuis l’élection contestée du 12 octobre 2025, le Cameroun traverse une crise politique profonde. Plusieurs organisations de la société civile et figures de l’opposition rejettent les résultats proclamés, affirmant que les procès-verbaux donnaient Issa Tchiroma vainqueur. Le climat s’est durci avec des vagues d’arrestations et un durcissement des restrictions politiques. Le mouvement des portraits s’inscrit dans une série d’actions citoyennes cherchant à affirmer une légitimité alternative face à l’ordre politique établi
