Par Ilyass Chirac Poumie
Le ton monte encore dans l’affaire Anicet Ekane. Interrogé sur les conditions de détention, de décès et d’autopsie du militant camerounais, l’avocat français William Bourdon rappelle que les règles minimales applicables aux détenus sont des normes internationales contraignantes pour tous les Etats. Il affirme que ces règles fondamentales ont été « totalement bafouées » au Cameroun, où les conditions pénitentiaires figurent parmi « les plus effroyables qui soient ».
Bourdon souligne que les prisonniers ont droit à un minimum de dignité et à un accès immédiat aux soins médicaux, rappelant que le cas d’Anicet Ekane illustre une violation abyssale de ces obligations. L’avocat réitère que le retrait de son appareil respiratoire puis le retard volontaire dans son transfert hospitalier constituent des actes dont les conséquences mortelles ne pouvaient être ignorées.
Concernant l’autopsie, Bourdon se montre catégorique. Selon lui, la famille n’a jamais donné son consentement, ce qui viole une règle essentielle dans toutes les législations respectant la dignité humaine. Il dénonce une procédure menée « dans la précipitation et dans le secret », précisant que rien ne justifiait une telle urgence. Pour lui, les autorités auraient pu et dû permettre à la famille de s’assurer que l’autopsie soit conduite par un médecin indépendant, voire étranger, dans un cadre impartial et neutre. En l’état, estime Bourdon, ces exigences n’ont pas été remplies, alimentant de lourds soupçons sur les conclusions à venir.
Maître Youkee confirme qu’un flou juridique entoure l’autopsie imposée et souligne que l’équipe d’avocats doit consulter les confrères camerounais afin de déterminer précisément la législation locale applicable. Il note la rapidité inhabituelle de la procédure, un élément qui renforce les inquiétudes sur sa régularité.
Interrogé sur la réaction internationale, William Bourdon se montre sévère. Il rappelle que les violations graves des droits humains au Cameroun intéressent peu la communauté internationale, malgré des décennies de rapports, de condamnations et d’avis émis par les organes onusiens. Il déplore un manque historique d’intérêt de la France pour les dérives du régime camerounais, malgré sa proximité géopolitique.
Pour l’avocat, le Cameroun demeure un cas « étrange », presque invisible sur la scène diplomatique, alors même que les atteintes aux droits fondamentaux y sont massives et documentées. Cette indifférence générale, combinée à un contexte mondial où d’autres crises captent toute l’attention, offre selon lui un terrain favorable à l’impunité. Arrêté le 24 octobre, Anicet Ekane est décédé le premier décembre dans des conditions controversées. Plusieurs témoignages évoquent le retrait de son assistance respiratoire suivi d’un manque de soins. L’autopsie imposée à la famille sans accord explicite a provoqué une nouvelle vague d’indignation. Les avocats français William Bourdon et Maître Youkee, mandatés par la famille, préparent une série d’actions judiciaires en France, au Cameroun et à l’international, dénonçant des violations graves des règles internationales applicables aux détenus.
