Par Armand Soussia
La crise qui paralyse plusieurs axes routiers du pays ne se résume pas à l’incident entre un gendarme et un camionneur à Meiganga. Selon les représentants du secteur, tout part des premières manifestations post électorales, au cours desquelles les transporteurs avaient massivement immobilisé leurs véhicules. Pour obtenir la reprise du trafic, une concertation avait été organisée le 04 novembre avec le ministre des transports et les acteurs du secteur.
A l’issue de cette rencontre, des mesures avaient été annoncées au nom de l’ensemble du gouvernement. Elles prévoyaient la suspension des contrôles répressifs menés par la gendarmerie et le ministère des transports, la suppression des postes de pesage jugés illégaux sur l’axe Douala Yaounde Bangui Ndjamena, ainsi que la levée des patrouilles régulières. En échange, les transporteurs avaient accepté de reprendre leurs activités.
Mais le 10 novembre, un rebondissement va mettre le feu aux poudres. Dans une lettre interne qui a fuité sur les réseaux sociaux, le secrétaire d Etat à la défense chargé de la gendarmerie, Galax Etoga, affirme que la gendarmerie n’est nullement concernée par ces résolutions et annonce la poursuite, voire l’intensification, des contrôles routiers. Une position diamétralement opposée aux engagements pris quelques jours plus tôt.
Le ministre des transports, qui dit avoir découvert ce document en ligne comme tout le monde, adresse aussitôt une réponse officielle au SED. Pour les camionneurs, cet épisode illustre un désaveu public entre deux membres du gouvernement et confirme leur sentiment d’avoir été trompés.
C’est dans ce climat de méfiance, déjà alimenté par les tensions post électorales, que la situation a dégénéré après l’altercation de Meiganga. La publication de ces documents parus sur la page Facebook de Njoya Moussa a relancé le débat sur la cohérence et la hiérarchie au sein du gouvernement camerounais.
Les transporteurs, déjà éprouvés par les contrôles multiples et les coûts associés, affirment ne plus avoir de garanties fiables quant aux engagements pris par les autorités. La grève actuelle s’inscrit donc dans une dynamique de contestation plus large, marquée par un profond déficit de confiance entre l Etat et les acteurs du transport routier.
