Par Ilyass Chirac Poumie
William Bourdon ne mâche plus ses mots. Dans une analyse sévère de la situation camerounaise, l’avocat français estime que depuis des décennies, la communauté internationale et la France n’ont jamais manifesté une mobilisation proportionnelle aux violations massives des droits humains au Cameroun. Il évoque une forme d’habitude, presque de routine, face à des drames pourtant répétés, profonds, et largement documentés.
Selon lui, le régime de Yaoundé est devenu totalement imperméable à la critique internationale. Malgré des dizaines de condamnations et avis du Comité des Nations Unies et d’autres institutions humanitaires dénonçant les détentions arbitraires et la répression politique, rien n’a changé. Bourdon évoque « des cartons entiers » de documents attestant de violations, sans que cela ne provoque la moindre réaction significative de la part du pouvoir.
L’avocat insiste sur un point : le régime camerounais, protégé par des jeux géopolitiques complexes et dirigé par un président « qui n’a strictement rien à faire de la réaction internationale », évolue dans un environnement mondial qui favorise les logiques d’impunité. Il déplore également une fatigue générale de l’opinion publique, une lassitude qui anesthésie les consciences alors que les tragédies s’accumulent.
Pour Bourdon, la mort d’Anicet Ekane s’inscrit dans cette mécanique silencieuse. Il alerte : « Le silence a toujours tué. » Et il prévient que laisser s’installer un nouveau silence reviendrait à priver la famille Ekane non seulement de justice, mais aussi de dignité. La confiscation de la vérité, ajoute-t-il, n’est pas seulement une obstruction judiciaire ; c’est une atteinte frontale à la dignité humaine.
L’avocat appelle donc à un sursaut international. Il exhorte les sociétés civiles, les ONG et les institutions à rouvrir les yeux sur les tragédies répétées au Cameroun et à comprendre que seule une mobilisation forte et continue peut empêcher une nouvelle dérive meurtrière. La mort d’Anicet Ekane, survenue après son arrestation le 24 octobre et un retrait controversé de son appareil respiratoire, a ouvert un débat majeur sur la répression politique au Cameroun. De nombreuses organisations dénoncent un climat d’impunité alimenté par l’absence de pression internationale. Les avocats William Bourdon et Maître Youkee, mandatés par la famille, ont lancé une série de démarches pour porter l’affaire sur les plans national, régional et international.
