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Cameroun | Affaire Martinez Zogo: La DSE nie toute mission formelle et dénonce des violations internes

L’audience du 06 janvier 2026 devant le Tribunal militaire a été marquée par l’audition du 18ᵉ témoin du ministère public. Dame Moudié épouse Bassong Emmanuella, ex-cheffe de la Division de la Surveillance Électronique de la DGRE, a livré un témoignage détaillé sur les procédures internes de son service, rejetant toute implication officielle de la DSE dans la préparation de l’opération ayant conduit à l’enlèvement et à l’assassinat du journaliste Martinez Zogo.

by Panorama papers
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Avec Polycarpe Xavier Atangana

Déclarée ouverte à 12 h 48 par le président du tribunal, le lieutenant-colonel Missé, l’audience du 06 janvier 2026 a été consacrée à l’audition de Dame Moudié épouse Bassong Emmanuella, ex-cheffe de la Division de la Surveillance Électronique de la Dgre. À la barre, la témoin a prêté serment et répondu longuement aux questions du commissaire du gouvernement, des avocats de la partie civile et de la défense.

D’emblée, elle a expliqué avoir appris la disparition de Martinez Zogo le 26 janvier 2023 « comme tout le monde », à l’occasion de la période des vœux à la DGRE. Elle a indiqué que le directeur des opérations, Justin Danwé, ainsi que le directeur général de la Dgre, avaient alors été mis à la disposition de la gendarmerie nationale, sans que la corrélation avec l’affaire Martinez Zogo ne soit immédiatement établie. Un compte rendu a ensuite été transmis au directeur général de la Dgre.

Interrogée sur l’implication de sa division, Dame Moudié a affirmé que la DSE n’avait pas été officiellement mise à contribution. Elle a toutefois reconnu que deux de ses collaborateurs, Saiwang Yves et Heudji Serges, avaient été cités comme ayant fourni une géolocalisation et une fiche technique concernant Martinez Zogo.

Elle a insisté sur le fait que cette démarche ne respectait pas les usages, rappelant que l’élaboration d’une fiche technique nécessite impérativement l’autorisation du directeur général de la Dgre et une instruction hiérarchique formalisée.
La témoin a nié toute suppression de données après mission et précisé que la transmission d’informations par un agent ne pouvait se faire que sur instruction expresse de sa hiérarchie. Elle a également déclaré que le directeur des opérations n’avait pas qualité pour supprimer des données ni pour s’adresser directement aux agents de la DSE. Concernant les canaux de communication, elle a indiqué que la messagerie interne était privilégiée, WhatsApp n’étant utilisé qu’à titre accessoire.

Sur la question d’un éventuel groupe WhatsApp lié à l’affaire Martinez Zogo, Dame Moudié a affirmé n’en avoir jamais eu connaissance. Elle a rappelé que, dans les usages de la DGRE, un groupe WhatsApp de mission ne peut être créé qu’après validation du directeur général et comprend, de manière type, le directeur général, le directeur des opérations, le chef de la DSE et le chef du Centre de Situation. Elle a ajouté que ses deux collaborateurs n’avaient ni les attributs ni l’autorité pour initier seuls une telle procédure.

Évoquant l’enquête interne menée au sein de la DSE, la témoin a indiqué que des requêtes datées du 06 janvier 2023 avaient révélé des demandes de géolocalisation et de fiche technique émanant de Saiwang Yves et Heudji Serges. Selon elle, ces démarches étaient non conformes aux usages, car elles auraient dû transiter par elle et faire l’objet d’une traçabilité écrite par courrier électronique.

Dame Moudié a également contesté les déclarations du colonel Danwé, affirmant qu’il avait prétendu à tort qu’elle lui avait remis la fiche technique et qu’une réunion relative à Martinez Zogo avait eu lieu. Elle a expliqué qu’en cas d’opération, une réunion devait impérativement se tenir au Centre de Situation, en présence du directeur général de la DGRE et des responsables concernés, ce qui, selon elle, n’a jamais été le cas dans cette affaire.

Interrogée sur le suivi de Martinez Zogo, elle a confirmé que le journaliste faisait l’objet d’un recueil passif d’informations électroniques depuis environ six ans avant son enlèvement, précisant qu’il n’était pas le seul journaliste concerné. Elle a indiqué que les informations recueillies étaient transmises au directeur général de la DGRE, sans pouvoir préciser le nombre de rapports établis.

Les échanges ont été ponctués de plusieurs suspensions, notamment à 14 h 10, 16 h 30 et 21 h 21. Un moment de vive tension est survenu lors de la confrontation avec Heudji Serges, lorsque Dame Moudié a accusé ce dernier d’avoir perçu la somme de 15 000 francs Cfa de Justin Danwé pour établir une fiche technique, dénonçant une violation grave des règles internes ayant, selon elle, contribué à l’enchaînement des faits ayant conduit à l’assassinat de Martinez Zogo.

En réexamination, le ministère public a rappelé que le suivi, la localisation et la fiche technique constituaient des notions distinctes, tout en soulignant que la fiche technique pouvait contribuer à la préparation d’une mission, sans pour autant constituer une opération en elle-même. Les débats et auditions ont été clos à 23 heures.
La prochaine session est annoncée pour les 26 et 27 janvier 2026, pour la poursuite des débats et la suite de l’audition des témoins du ministère public.

Martinez Zogo, journaliste et animateur de l’émission Embouteillages sur Amplitude FM, a été enlevé en janvier 2023 avant d’être retrouvé mort. L’affaire, qui met en cause des cadres de la DGRE ainsi que des acteurs civils, est jugée devant le Tribunal militaire. Les audiences visent à établir les responsabilités dans l’exploitation des données de surveillance, la chaîne de commandement et les conditions ayant conduit à l’enlèvement, à la torture et à l’assassinat du journaliste.

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