Par Ilyass Chirac Poumie
Avec la coordination de l’avocat international Me Emmanuel Nsahlai, un collectif d’acteurs du football a saisi le Ministère des Sports et de l’Éducation physique du Cameroun (MINSEP), la Confédération africaine de football (Caf) et la Commission d’éthique de la Fifa. Objet central de cette offensive juridique: le contrat d’ambassadeur signé par Eto’o avec la société de paris sportifs 1xBet, jugé incompatible avec ses fonctions fédérales.
Trois saisines coordonnées
Dans un courrier adressé aux trois instances, le collectif exige :
1. Au Cameroun : que le Minsep fasse appliquer les textes relatifs à la transparence et à la gouvernance du sport.
2. À la Fifa (Zurich) : l’ouverture d’une enquête éthique et l’examen d’une suspension provisoire d’Eto’o pour conflits d’intérêts, irrégularités financières et manipulations électorales présumées.
3. À la Caf : la transmission de l’ensemble des pièces à la Fifa et la suspension provisoire du président de la Fecafoot de son poste de membre du Comité exécutif, pour avoir notamment dissimulé une condamnation pénale en Espagne.
Accusations explosives
Le collectif s’appuie sur une série d’allégations: La condamnation en Espagne pour fraude fiscale, en 2022, à 22 mois de prison avec sursis. Un conflit d’intérêts avéré avec la société 1xBet, qui lui avait déjà valu une amende de 200 000 dollars infligée par la Caf en 2024, avant que celle-ci ne soit annulée en appel.
Des suspicions de trucage de matches, nourries par un enregistrement audio révélé par la presse internationale, même si la Caf a conclu à l’absence de preuves suffisantes. Des détournements présumés estimés à près de 1,5 million USD, issus des recettes de matches amicaux contre le Mexique, la Russie et la Corée du Sud.
Dans le cas de Cameroun-Russie 2023, la presse évoque un virement de 455 000 euros vers un compte qatari lié à Eto’o.
La suspension disciplinaire de dix ans de Guibai Gatama, membre du Comité exécutif de la Fécafoot. Des modifications statutaires controversées, qui rendraient quasiment impossibles les les candidatures indépendantes. L’exclusion de ses pairs qui ont tenté de des libertés aux sein de comité exécutif pour museler toute opposition interne.
La défense d’un héritage
Samuel Eto’o demeure, aux yeux de millions de Camerounais, le plus grand joueur de l’histoire du pays. Mais sa présidence de la Fécafoot est désormais minée par une série de scandales.
Pour Me Emmanuel Nsahlai, l’enjeu n’est pas de salir l’ancienne gloire :
« Il ne s’agit pas d’attaquer Samuel Eto’o la légende, dont la carrière reste intouchable. Il s’agit de garantir que la gouvernance du football camerounais reflète les valeurs d’excellence, d’intégrité et de fair-play qu’il a incarnées sur le terrain. Mon devoir, en tant qu’avocat et Camerounais, est de me battre pour une fédération qui serve le peuple, les joueurs et l’avenir du football. »
Déjà des sanctions disciplinaires
Ces accusations s’inscrivent dans un contexte judiciaire déjà lourd pour Eto’o. En 2024, la Fifa l’a suspendu pour six mois, lui interdisant d’assister aux matches des sélections nationales.
La même année, la Caf a jugé qu’il avait violé les principes d’intégrité en cumulant ses fonctions de dirigeant et son rôle d’ambassadeur de 1xBet. En mars 2025, le Tribunal arbitral du sport (TAS) a néanmoins donné raison à Eto’o, autorisant sa candidature au Comité exécutif de la Caf malgré son exclusion initiale.
Un test pour le football mondial
L’affaire a pris une dimension internationale. Selon les documents transmis, les saisines ont été adressées non seulement aux instances sportives, mais aussi à des ONG anticorruption comme Transparency International et à des procureurs américains.
À l’approche de la Coupe du monde 2026 en Amérique du Nord (Etat-unis, mexique Canada), le dossier interroge sur la capacité de la Fifa et de la Caf à garantir transparence et impartialité.
Silence de la FIFA.
Pour certains observateurs, l’issue de cette affaire constituera un test majeur pour l’intégrité du football mondial.
À ce stade, la Fifa n’a pas confirmé publiquement l’ouverture d’une enquête. La balle est désormais dans le camp des instances éthiques internationales, appelées à trancher entre la défense d’un héritage sportif et les exigences de bonne gouvernance.
