Par Ilyass Chirac Poumie
Après l’annonce de la mort d’Anicet Ekane en détention, la militante des droits humains Maximilienne Ngo Mbe témoigne publiquement de l’influence déterminante qu’il a exercée sur sa trajectoire. Dans son texte, elle raconte comment, jeune lycéenne à Edea, elle a rencontré l’Upc dans la clandestinité et découvert autour d’Anicet Ekane, de nom de lutte Kai Chege, une génération de cadres décidés à imposer le multipartisme, la démocratie et les droits fondamentaux.
Maximilienne Ngo Mbe évoque les premiers cercles militants formés par Henriette Ekwe, Ndema Same, Louka Basile, Boum Jean Pierre ou encore Abanda Kpama. Elle explique que ces figures leur enseignaient discipline, solidarité et exigence politique, tandis que les jeunes prenaient soin des enfants des cadres lors des réunions décisives. Selon elle, Anicet Ekane insistait pour que les jeunes militants occupent la première ligne et suivent un parcours structuré de formation, de l’école de base à l’école des cadres.
La militante raconte aussi les manifestations dites de Stamatiades, où Kai Chege, en jean et baskets, se tenait en tête du cortège avec Ndema Same. Arrêtée avec d’autres jeunes et conduite à la BMM de Mboppi, elle dit avoir respecté ses consignes strictes: ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire. Selon son témoignage, Anicet Ekane s’était mobilisé immédiatement pour obtenir leur libération.
Maximilienne Ngo Mbe retrace ensuite la réorientation du combat après l’ouverture politique de 1990. Elle explique qu’Anicet Ekane, en lien avec des organisations internationales comme Amnesty et les Nations Unies, a contribué à structurer la société civile à travers des associations comme PRODHOP, les syndicats Synaes et Synes, et diverses plateformes de défense des droits humains. Ces mouvements, raconte-t-elle, ont été au coeur de plusieurs batailles, de l’affaire des neuf de Bepanda à la lutte contre les délestages en passant par les restrictions des libertés publiques.
Elle dresse un portrait intime d’un mentor protecteur et exigeant, négociateur adroit, homme simple et ferme sur les principes, marxiste léniniste convaincu et panafricaniste dans le sens noble du terme. Elle évoque ses habitudes, ses conseils et même ses rituels, comme la boisson chaude qu’il préparait aux jeunes militants ou les séances de sport obligatoires au petit matin.
Maximilienne Ngo Mbe raconte également leur dernière rencontre, alors que le siège du Manidem venait d’être pris d’assaut. Elle se souvient des mots d’encouragement d’Anicet Ekane, de son humour, de sa lucidité et de sa détermination malgré la fatigue. Dans son texte, elle confie avoir été paralysée par l’angoisse lorsqu’elle a appris la nouvelle de son décès, qu’elle qualifie d’épreuve de trop.
Pour elle, Anicet Ekane n’était pas seulement un leader politique, mais un frère protecteur, un formateur exigeant, un repère moral et une figure centrale de la lutte pour les droits humains au Cameroun. Elle conclut son hommage en appelant à célébrer sa mémoire, malgré les obstacles, et en saluant la longue lignée de combattants nationalistes qu’il rejoint désormais.
Anicet Georges Ekane, figure historique du mouvement nationaliste camerounais et fondateur du Manidem, est décédé en détention à 74 ans. Son arrestation et les conditions de sa détention ont suscité de vives réactions au sein de la société civile et de l’opposition.
Le témoignage de Maximilienne Ngo Mbe, l’une des principales voix de la défense des libertés au Cameroun et directrice exécutive du REDHAC, apporte un éclairage personnel sur l’héritage politique du leader défunt et sur la place qu’il a occupée dans la formation de plusieurs générations de militants.
