Par Hajer Elina
Kribi n’est plus une ville balnéaire paisible : c’est devenu le royaume d’un homme. Norbert Belinga, qu’on appelle ironiquement le « Pacha », s’y comporte comme un conquistador des temps modernes. Son obsession ? Les terrains en bord de mer. Sa méthode ? La brutalité foncière. Son arme ? L’impunité.
Depuis son arrivée, il a transformé l’accaparement en sport de week-end : défrichage nocturne, bétonnage sauvage, intimidation des riverains, et lorsque la justice s’en mêle, il se présente en terrain conquis. Le stratagème est grossier, mais efficace. Le cas le plus scandaleux reste celui de cette veuve, propriétaire légitime d’un terrain depuis 1987, qui voit aujourd’hui son bien volé par un haut fonctionnaire sans foi ni loi.
Huissiers, gendarmes, policiers : tous ont tenté de stopper le carnage. En vain. Belinga se rit de leurs sommations et poursuit ses travaux. Son chef de chantier résume l’arrogance du système : « Nous travaillons pour les boss de Yaoundé. Ici, nous sommes protégés. » Une phrase qui sonne comme une gifle à la République.
Kribi ou champ de pillage
Le scandale Belinga n’est pas un cas isolé : il est le miroir d’une mafia foncière qui dévore Kribi depuis plus d’une décennie. Depuis l’arrivée du port en eau profonde et l’explosion du tourisme, la ville est devenue l’Eldorado des prédateurs. Les familles, même avec titres fonciers en poche, sont chassées comme des intrus sur leurs propres terres.
Les juges détournent le regard, les autorités locales encaissent leur part, les chefs traditionnels sont réduits au silence. À Kribi, les lois ne protègent plus les victimes mais consacrent les voleurs en costume-cravate. Et dans ce chaos organisé, Norbert Belinga n’est pas un simple acteur : il est l’incarnation même de ce système de rapine.
À force d’arrogance et de protection politique, il a transformé Kribi en un laboratoire d’injustice. Son nom est désormais associé non pas à la douane qu’il dirige, mais au pillage qu’il orchestre. Tant que de tels individus piétinent les lois et les populations, le Cameroun restera une jungle où l’État n’existe que pour les puissants.
