Par Arlette Akoumou Nga
C’est une affaire qui pourrait bien sceller le sort d’autres universités américaines. Tout a commencé en avril, lorsque l’administration Trump a décidé de priver l’université de Harvard de plus de 2,5 milliards de dollars de subventions fédérales, y compris dans le domaine de la santé, et a révoqué sa certification SEVIS, principal système par lequel les étudiants étrangers sont autorisés à étudier aux États-Unis. Depuis son retour à Maison Blanche en janvier, Donald Trump accuse la doyenne des universités américaines de servir de vivier à l’idéologie « woke » et de ne pas avoir protégé les étudiants juifs ou israéliens lors des manifestations contre la guerre à Gaza.
Lundi 21 juillet, Harvard s’est défendue devant un tribunal fédéral du Massachusetts. L’université a affirmé avoir pris des mesures pour s’assurer que les étudiants et le personnel juifs ou israéliens ne se sentent ni exclus, ni intimidés sur le campus. Cela tout en soutenant que des mesures du gouvernement fédéral « menaçaient » les libertés d’expression et académique et étaient ainsi contraire à la Constitution américaine.
Elle a accusé l’administration Trump d’utiliser le gel des fonds fédéraux comme un moyen de pression pour contrôler les décisions de l’université, comme les programmes enseignés, les procédures de recrutement de professeurs et les admissions des étudiants, notamment étrangers. Une violation pure de l’indépendance académique, affirme l’institution. De leur côté, les avocats du gouvernement expliquent que ces fonds fédéraux sont « un privilège et non un droit ». Un argument qui n’a pas semblé convaincre la juge, qui a pressé l’administration de questions. Ce qui a immédiatement provoqué la colère de Donald Trump. Sans attendre une quelconque décision, le président a fustigé la magistrate et évoqué « un désastre total ». Il a également accusé Harvard d’être « antisémite, antichrétienne et anti-Amérique ».
En parallèle, des associations de professeurs d’université américaines, notamment de Harvard, ont demandé lundi à un autre juge du Massachusetts de reconnaître que le gouvernement américain a mis en place une « politique d’expulsions basées sur l’idéologie » contraire au premier amendement de la Constitution qui protège la liberté d’expression. Pour ces associations, les arrestations d’étudiants étrangers en vue de leur expulsion, comme celle de l’activiste pro-palestinien de l’université Columbia Mahmoud Khalil ou de l’étudiante turque Rumeysa Ozturk, ont pour but de museler les voix contre la guerre israélienne à Gaza et la défense des Palestiniens, et affaiblissent le débat public. L’affaire va probablement se terminer devant la Cour suprême.
