Par Julie Peh
La justice ougandaise a décidé de suspendre le procès pour trahison visant Kizza Besigye, figure majeure de l’opposition au président Yoweri Museveni. La Haute Cour a ordonné une expertise médicale afin d’établir si l’ancien candidat à la présidentielle est physiquement apte à poursuivre son procès. Âgé de 70 ans, Kizza Besigye est hospitalisé à l’hôpital national de référence de Mulago depuis son malaise survenu le 29 juillet, alors qu’il comparaissait devant le tribunal. Selon son entourage, il protestait contre la poursuite des audiences sans les avocats de son choix.
Son épouse, Winnie Byanyima, a indiqué mardi que son état montrait de légers signes d’amélioration. Elle a précisé qu’il avait repris connaissance et réussi à s’alimenter avec un peu de soupe, tout en restant extrêmement affaibli et incapable de parler ou d’écrire. La Haute Cour a renvoyé l’affaire au 18 août et demandé à l’administration pénitentiaire de travailler avec les médecins de l’hôpital de Mulago afin de produire un rapport officiel sur son état de santé avant toute reprise des audiences.
Kizza Besigye est détenu depuis novembre 2024. Il est poursuivi avec Obeid Lutale et Denis Oola pour des faits présumés de complot visant à renverser le gouvernement du président Yoweri Museveni. Les trois accusés contestent catégoriquement les charges retenues contre eux.
Médecin de formation, Kizza Besigye est l’une des personnalités les plus connues de l’opposition ougandaise. Ancien compagnon de lutte de Yoweri Museveni pendant la guérilla ayant porté ce dernier au pouvoir en 1986, il est progressivement devenu son principal adversaire politique après avoir dénoncé la concentration du pouvoir et les dérives autoritaires du régime. Au cours des deux dernières décennies, Besigye s’est présenté à plusieurs élections présidentielles face à Museveni. Chacune de ses candidatures a été marquée par des arrestations, des assignations à résidence, des manifestations violemment réprimées et des accusations de fraudes électorales. Il est devenu, pour une partie de l’opinion publique, le symbole de la contestation politique en Ouganda.
Son arrestation en novembre 2024 et les poursuites pour trahison ont ravivé les critiques des organisations de défense des droits humains. Celles-ci estiment que les autorités utilisent régulièrement les chefs d’inculpation liés à la sécurité de l’État pour neutraliser des figures de l’opposition, une accusation que le gouvernement ougandais rejette. L’évolution de l’état de santé de Kizza Besigye et la reprise annoncée de son procès le 18 août seront suivies de près, tant par ses partisans que par les observateurs internationaux, dans un contexte où les libertés politiques et judiciaires en Ouganda continuent d’alimenter le débat.
