Par Serge Aimé BIKOI
Le procès de l’assassinat du journaliste, Martinez Zogo, a repris ce lundi, 9 mars devant le tribunal militaire de Yaoundé à 12h. Cette nouvelle audience intervient dans la continuité de la session des 16 et 17 février derniers, marquée, notamment, par l’audition, à la barre de plusieurs agents et responsables de la Direction générale de la recherche extérieure (Dgre), de la commissaire de police Charlotte Mbah Angwei, chef de la division des opérations de la Dgre, au moment des faits. Au cours de la poursuite de son témoignage, la responsable du contre-espionnage, qui avait expliqué, il y a trois semaines, n’avoir découvert l’implication de certains agents de son service dans l’opération visant l’assassinat du journaliste qu’au moment de l’enquête ouverte après sa mort, persiste et signe que l’assassinat de Martinez Zogo n’était pas une mission de service de la Direction générale de la recherche extérieure (Dgre).
Mais, comment se fait-il que plus d’une dizaine d’agents de ce service de contre-espionnage soient impliqués dans l’affaire de l’exécution du journaliste, une opération d’une telle envergure sans que le commandement opérationnel ne soit au courant ? Question posée, maintes fois, par Me Calvin Job, avocat des ayants-droits de M. Zogo à Charlotte Mbah Angwei. La commissaire de police reconnaît, tout de même, que le patron de la Dgre, en 2023, a convoqué deux réunions avec les agents de la Dgre et a prévenu quiconque qu’il espère que quelqu’un ne fait rien sous son dos. C’est à la suite des deux réunions que les concernés ont été convoqués au Secrétariat d’État à la défense (Sed).
Un autre avocat de la défense a pris la parole pour poser des questions à la patronne commandement de recherche opérationnelle. Me Joseph Kenmoe, avocat de la veuve de Martinez Zogo, demande à C. Mbah Angwei de qui elle reçoit les ordres au moment des faits. Elle répond : “du directeur des opérations”. Mais, la fonctionnaire de police affirme qu’à un moment donné, il y avait eu des rapports tendus entre Léopold Maxime Eko Eko, alors patron de la Dgre, et le lieutenant-colonel Justin Danwe, alors directeur des opérations. “Les rapports entre le Dg de la Dgre et le directeur des opérations n’étaient pas cordiaux. Il y avait un problème de confiance parce qu’au cours de certaines réunions, il y avait la tension entre les deux”, explique le chef du commandement de recherche opérationnelle de la Dgre.
Dans l’optique d’approfondir la question liée aux rapports conflictuels entre Eko Eko et Danwe à cette période-là, Me Claude Assira, avocat de l’État et de la Dgre, demande à C. Mbah Angwei si ces rapports personnels ont pu affecter l’atmosphère de travail dans cette structure de contre-espionnage. Et la patronne du commandement de recherche opérationnelle de répondre :
“Oui ça a pu affecter le travail, car la note de service liée à la nomination du Ct1(Conseiller technique no1) de la Dgre le 12 novembre 2021 en lieu et place du directeur des opérations a créé la tension. Le Ct1 est devenu le boss”, ajoute-t-elle.
Depuis l’enclenchement de cette situation délétère, C. Mbah Angwei ne recevait plus les ordres du directeur des opérations, mais plutôt du Ct1. L’audition du chef de la division du commandement de recherche opérationnelle de la Dgre est toujours en cours au tribunal militaire de Yaoundé. En rappel, dix-sept personnes sont poursuivies dans cette affaire, parmi lesquelles l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga, patron du groupe L’anecdote, et l’ancien directeur général de la Dgre, Léopold Maxime Eko Eko. Les audiences concernent, depuis ces derniers mois, l’examen des témoignages et des responsabilités dans ce dossier très sensible, plus de trois ans après l’enlèvement et la mort de Martinez Zogo en janvier 2023.
