Une synthèse de Félix C. Ebolé Bola
Des responsables de la Société financière du caoutchouc (Socfin), maison-mère de la Société camerounaise de palmeraies (Socapalm), viennent de préciser les mesures de lutte prises contre les violences sexuelles dans les plantations où la responsabilité du groupe est engagée.
Dans un entretien accordé mercredi au quotidien suisse La Liberté, le chargé de la communication de la multinationale, Ludovic Saint-Pol et la coordinatrice du développement durable, Céline Schmitz, depuis Fribourg, reprécisent les mesures prises pour endiguer le phénomène d’abus sexuels dans les succursales.
Revenant sur la publication de l’article intitulé «Sous les palmiers, le viol», paru dans la même publication le 30 octobre, la firme affirme avoir renforcé son plan de lutte contre ce fléau depuis juin.
«S’il n’y a pas de remède miracle face aux violences sexuelles, nous améliorons en continu nos procédures en fonction des retours du terrain. Nos résultats sont certes perfectibles mais bien réels», explique par exemple Ludovic Saint-Pol.
Socfin affirme ainsi avoir inscrit, noir sur blanc dans ses règlements, l’interdiction de tout comportement de harcèlement, qu’il soit moral ou sexuel et mis en place, depuis 2018, des comités de genre dans ses plantations pour lutter contre les agressions, certains de ces comités étant épaulés par des Ong locales spécialisées dans la lutte contre les violences genrées.
«Tous les employés sont sensibilisés à cette question. L’entreprise ne tolère aucune forme de violence. Le criminel en puissance doit savoir qu’il n’y a pas d’impunité», affirme ainsi Céline Schmitz.
Lors du signalement d’un harcèlement, l’employé suspecté est aussitôt suspendu, le temps de l’investigation, les sanctions allant de l’avertissement au licenciement immédiat en cas de viol et au renvoi devant la justice.
Dans ce genre de situation, apprend-on, le soutien aux victimes est médical et psychologique, sans oublier l’aide dans le cadre des suites judiciaires.
Pour Ludovic Saint-Pol, le plus grand défi c’est l’omerta, briser le silence des victimes étant souvent difficile, même en Europe où les victimes de violences sexuelles ont de la peine à prendre la parole. Mais le viol devient toutefois une préoccupation majeure, dans plusieurs pays africains.
Il existe également, reconnaissent les cadres de Socfin, la peur des représailles et d’être renvoyé de son travail, d’où la mise en place d’une procédure confidentielle et un canal unique de dépôt de plainte.
«Nous ne fermons pas les yeux sur les problèmes de harcèlement sexuel. Nous agissons à notre niveau, avec nos outils contre un problème qui a une dimension globale», ajoute Céline Schmitz.
Pour ce faire, le groupe a signé un contrat avec la plate-forme Ulula, permettant de signaler au siège de l’entreprise basé au Luxembourg, de manière anonyme et gratuite, tout comportement malveillant de la part d’un collègue ou d’un supérieur.
La maison mère de la Socapalm a donc décidé d’intégrer à ses démarches des chefs locaux, qui disposent souvent d’un droit coutumier de juridiction sur les questions de violences.
«Il s’agit, précise Ludovic Saint-Pol, de les intégrer à notre action pour avoir un relais supplémentaire sur le terrain.»
Socfin affirme, désormais, que la lutte contre les violences passe aussi par la promotion des femmes à des positions hiérarchiques supérieures.
Le 27 septembre 2017 à Yaoundé, rappelle-t-on, des femmes riveraines de la Socapalm ont donné un point de presse pour dénoncer, entre autres, le non-respect du cahier de charge de la société française, mais également des agressions sexuelles d’hommes en tenue chargés de leur sécurité.
