Par Julie Peh
Les causes de cette migration sont profondes. Au Cameroun, le taux de chômage officiel est d’environ 3,5 à 3,6 % de la population active en 2024, chiffre qui resterait stable vers 3,50 % prévu pour la fin de 2025 selon les projections. Pourtant, ce faible taux « officiel » masque une réalité beaucoup plus difficile pour les jeunes : environ 35 % des jeunes sont exposés au chômage, selon la Banque mondiale. Par ailleurs, le Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) pour les agents de l’État relevant du Code du travail a été revalorisé. En 2024, il est fixé à 43 969 Fcfa par mois (après une hausse de 5 % par rapport à 2023). Ce montant reste faible face au coût de la vie, à l’inflation, et surtout comparé aux attentes des travailleurs.
Mais le chemin de l’exil est souvent dangereux. Certains traversent le désert ou la mer Méditerranée, au risque de leur vie. D’autres arrivent sans papiers, sans domicile, contraints de vivre cachés, dans des conditions inhumaines. Leur famille, restée au pays, se sacrifie souvent financièrement pour financer leur départ, dans l’espoir d’un avenir meilleur. Et pourtant, malgré tout, certains réussissent. Des exemples inspirants existent : Missy BK, chanteuse camerounaise installée au Canada, ou Mimi Mefo, journaliste réfugiée au Royaume‑Uni et Cedrick Noufele journaliste Camerounais vivant au Canada. Grâce à leur courage, leur persévérance et le soutien de leurs communautés, ils ont su transformer l’épreuve de l’exil en force.
Mais à quel prix ? Ces départs massifs appauvrissent le Cameroun, privant le pays de ses jeunes talents, de ses médecins, de ses ingénieurs et même de ses enseignants. Ils laissent derrière eux des familles brisées, des enfants grandissant sans leurs parents, et une jeunesse qui ne croit plus en l’avenir sur sa propre terre. Face à cela, il est urgent que le Cameroun investisse dans ses jeunes, crée des emplois, lutte contre la corruption et garantisse la sécurité. Il faut aussi que les pays d’accueil offrent un véritable cadre d’intégration et respectent la dignité des migrants.
Car migrer ne devrait jamais être un acte de survie. Cela devrait être un choix, et non une fuite.
